Mr le président, pourrais-je aussi bientôt revendre mes congés payés ?

 Contribution de Philippe Noguès

Voir l’article sur AGORAVOX : http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=33423

La machine à remonter le temps et les acquis sociaux est en marche! Les classes « dirigeantes » le sentent bien, qui apprécient particulièrement le détricotage des 35 H…et au delà, la décrédibilisation de la réduction du temps de travail…

Même une certaine gauche « raisonnable », insidieusement acquise aux idées libérales, puisqu’elle n’en a plus de propres à défendre, accepte sans vraiment broncher le fameux « travailler plus pour gagner plus ».

Partout la « valeur travail » est glorifiée : travailler un peu pour soi (le salaire), travailler beaucoup pour la croissance….et pour ceux qui en profitent !

Ne sentez vous pas cette douce nostalgie d’un temps passé où la vie était consacrée au labeur, la promesse d’une belle société basée sur le travail, où l’ordre règne, les patrons dirigent , les salariés travaillent… et consomment rapidement leurs revenus pour faire tourner la machine. Mieux même, à la différence du 19 ème siècle, ils peuvent emprunter… et travailler encore pour rembourser !

Finie cette folie qui déboucha, au 20 ème siècle, sur la revendication insistante d’une réduction du temps imposé pour aller vers de plus en plus de temps choisi….

Quarante heures en 1936, …et même des congés payés (la ruine de la France était en route !), 35 H en 2000. Quelle folie ! ….même si, malgré 10 % d’heures travaillées en moins , l’économie française produit 76 % de plus qu’au début des années 70.(Insee)

Il est temps . Revenons vers les fondamentaux, acceptons la logique du bon sens : travaillez plus, la croissance reviendra, et, peut-être, elle vous profitera !

Augmenter le pouvoir d’achat ? alors là, vraiment très simple ! Comment n’y avons nous pas songé plus tôt ? Mais non, ne parlez donc plus d’augmentations de salaires, qui pourraient grever les revenus des actionnaires, voire mettre en faillite des patrons qui n’auraient plus d’autre choix que de vous licencier, alors qu’il suffit simplement de travailler plus longtemps . Demandez par exemple aux ouvriers de l’usine Continental de Sarreguemines , ils ont bien compris, eux, comment marche la machine à remonter le temps et les acquis sociaux: ils viennent de « choisir » de revenir, d’un seul coup de baguette magique, aux 40 H, et à 1936 ! Formidable !

Et puis, pure logique, revendez vos RTT :vous gagnerez plus. Incontournable !

Mr le président, pourrais-je, aussi, bientôt revendre mes congés payés ?

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2 Responses to Mr le président, pourrais-je aussi bientôt revendre mes congés payés ?

  1. hoffman says:

    Aucune situation privilégiée n’a pu se perpétuer, soit qu’elle suscite une concurrence qui veut aussi profiter de la manne, la situation d’oligopole n’étant que temporaire, soit qu’une vague de fond ne lamine cet avantage par la récrimination du plus grand nombre.
    Ceux qui ont suivi l’émission « Thalassa » ont vu comment l’industrie mondiale contrebattait nos façons de faire et notre autosatisfecit; sur les rafiots, les officiers sont roumains, philippins etc..il n’y a plus que 4 ou 5 nationaux!
    Les toubibs, les infirmières, les kinésithérapeutes sont étrangers en majorité…..
    Faute de réalisme, on nous bouffe la laine sur le dos…. bons derniers de l’Europe dans de nombreux domaines.
    Et il y en a encore qui trouvent le moyen de se raccrocher aux « avantages acquis » et de faire cocorico!!!!
    Les 35 heures, financées par la Sécu, c’était une connerie mise en place par des gens qui ont occulté des notions élémentaires d’économie politique, la notion d’élasticité, entre autres .

  2. REPONSE à « hoffman » :

    C’est vrai que la situation « d’oligopole » peut-être temporaire, mais vous aviez sans doute remarqué que les masses sont rarement dans cette situation !
    Contrairement à ce que vous dites, la notion d’élasticité a été particulièrement prise en compte à travers la flexibilité, l’annualisation du temps de travail. On voudrait aujourd’hui garder ces derniers « avantages » et, en même temps « faire travailler plus »: le beurre, l’argent du beurre et la crémière !

    On parle beaucoup du nombre moyen d’heures travaillées…en ne tenant compte que du temps plein! Si vous ajoutez le temps partiel (sans tenir compte du chomage), les Français travaillent autant (36,2H)que les Suédois et plus que les Allemands(35,9 H) (souce Eurostat 2004). La durée moyenne aux USA, avec les mêmes critères frôle péniblement 33,7 heures (source rapport du Président, février 2007)
    On oublie ainsi évidemment le taux de précarité, trop important chez nous, mais qui explose encore plus dans les pays qui appliquent une économie plus strictement libérale (même si malheureusement, avec les mesures prises par Sarkozy, nous semblons en prendre le cap).
    J’allais oublier la productivité : une étude du BIT (Bureau International du Travail), citée dans le Figaro (!) du 3 septembre 2007, met la France dans le Top 3, au coude à coude avec les USA et la Norvège. C’est en France que le gain moyen de productivité horaire est le plus fort sur la période 1980-2006 (+2,2%).
    C’est sans doute aussi pour cela que la France est un des pays accueillant le plus d’entreprises étrangères sur son sol !
    Voilà quelques chiffres qui amènent à relativiser les éternelles critiques sur la soi-disant médiocrité française !
    Malheureusement les médias(pour une large majorité) sont, eux aussi trop souvent, sous l’emprise intellectuelle des propagateurs zélés des idées libérales, qui bénéficient, il faut bien en convenir, d’un réseau de communication particulièrement performant.

    Philippe NOGUES